L’Arbre c’est moi (XXI)

Manger sain et supermarché

janvier 22nd, 2008 Par Yassine

Au moment de sortir faire mes courses, j’ai eu la bonne idée de consulter par le plus grand des hasards ma boite mail (bon c’est vrai je la consulte 10 fois par heures…) et je suis tombé sur un article du monde dont le titre est : “Manger sain ? Plus facile à dire qu’à faire”. Je vous invite à le lire. Mais du coup, je n’ai plus très envie d’aller les faire ces courses. A ce propos, tant que je demeure dans le domaine, un petit (grand) blog sympa qui fera sourire plus d’un. C’est celui d’Anna, 28 ans, ex-hôtesse de caisse en recherche d’emploi, comme le dit son profile. Je reprends également la description du blog, histoire de vous donner envie de lire : “Mais non! travailler en grande surface n’est pas une fatalité. Et puis, c’est quoi ce métier d’hôtesse de caisse? A-t-on un avenir? Découvrez à travers des fiches et des anecdotes le monde de la grande distribution.”
Et en plus, c’est très bien écrit :)

A ciao, et surtout, mangez sain !

Manger sain ? Plus facile à dire qu’à faire

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Quelque chose en lui de Britney Spears

janvier 21st, 2008 Par Yassine
AFP

Il n’y a pire imbécile qu’un vieil imbécile mais rien ne surpasse un vieil imbécile français, surtout quand il dirige le pays. Regardez Nicolas Sarkozy qui, transi d’amour, rêvasse dans Paris en faisant les yeux doux à Carla Bruni pendant que le reste du pays brûle des voitures ou se met en grève. Il suffit de voir Sarkozy sortir des eaux avec son top-model-devenu-chanteuse de treize ans sa cadette pour en avoir le rouge* aux joues. Cela me rappelle le jour où mon père m’a annoncé que sa nouvelle copine avait à peu près mon âge. Ou encore la fois où une fille de ma classe m’a assuré que Peter, un gros plouc aux cheveux gras, était l’amour de sa vie. Comme preuve de cet amour éternel, il lui avait offert une bague de fiançailles passablement kitsch qu’elle balança au fond de la salle de classe deux semaines plus tard quand elle comprit qu’en fait, c’était James l’amour de sa vie. En d’autres termes, la France a réussi à élire un ado attardé à la présidence. Très bien*, les gars, très bien*.
Les draps de l’Elysée étaient encore imprégnés du parfum délicat de Cécilia quand Nicolas a rencontré Carla à un dîner et l’a emmenée à Disneyland Paris (exactement le genre d’endroit qu’un ado trouverait romantique). Et deux mois plus tard, on parle suavement de mariage. Une information que l’on tient, il faut le dire, de la bouche même du président qui a cette semaine donné les indications politiques suivantes pour l’année 2008 : “Fin des trente-cinq heures, création d’une BBC à la française, bla-bla-bla, et plus important, est-ce que j’ai dit que je l’aimais ? Si, si, je l’aime ! Je pense même que c’est la bonne !”
Je suis même étonnée qu’il ne se soit pas mis à chanter Hopelessly Devoted to You, comme Olivia Newton John dans Grease. Et tout ça quelques jours après avoir rencontré Sa Sainteté le pape Benoît XVI, une rencontre au cours de laquelle Sarko a passé l’essentiel de son temps à loucher sur son portable pour voir s’il avait reçu des SMS, de la Bruni sans doute. C’est tout à fait le genre de chose que Paris Hilton ou Britney Spears, par exemple, pourraient faire, sauf que, pour leur rendre justice, aucune d’entre elles ne dirige la sixième économie du monde.
Les hommes politiques sont ­censés être des gens honnêtes, des membres respectables de la communauté n’ayant jamais rien fait de répréhensible. Le problème est que personne de vraiment honnête ou respectable ne voudrait faire de la politique. C’est pour cette raison que pullulent les conseillers en communication. Peut-être faudrait-il reconnaître au nouveau président français le mérite de se montrer tel qu’il est vraiment… même si au fond de lui, Nicolas Sarkozy ressemble à une gamine de 13 ans.

* En français dans le texte.

Bryony Gordon
The Daily Telegraph

Source : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=81509

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La Coccinelle, trop polluante, est menacée à Mexico

janvier 10th, 2008 Par Yassine

Considérée comme trop polluante, les 67 000 taxis de Mexico - qui sont des coccinelles - risquent d'être remplacées. | D.R.

Autant que les mariachis, elle incarne Mexico. On la reconnaît de loin, à ses deux couleurs, vert et blanc. Elle porte un joli nom : “vocho”. Les autorités en dénombrent plus de 67 000, soit la moitié des taxis qui circulent dans les rues de la mégapole. Car c’est dans le taxi que la Coccinelle Volkswagen a fait carrière à Mexico. Puisque cette voiture n’a que deux portes, le siège avant passager a été supprimé pour que les clients puissent s’installer sur la banquette arrière. Mais voilà que ces Coccinelle ont pris de l’âge et polluent l’air de la capitale du Mexique déjà bien chargé de toxiques. D’où la proposition du ministère des transports de Mexico : une prime de 15 000 pesos (environ 1 000 euros) pour que les chauffeurs de taxi mettent à la casse leur véhicule, et des aides aux crédits bancaires pour qu’ils acquièrent une voiture neuve. Pour le moment, l’initiative rencontre peu d’écho, car les taxis propriétaires de “vocho” tiennent trop à leur auto. Solides, faciles à réparer, elles ont tout pour leur plaire. Encore un peu et ils classeraient “espèce protégée” leur Coccinelle.

 

 

Bruno Caussé (avec AFP)

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-997007@51-628868,0.html

Kenneth McKenzie Wark, le gourou des hackers

janvier 7th, 2008 Par Yassine

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-995971@51-824668,0.html

La première fois que son nom a circulé à Paris, c’était à la République des blogs. Le rendez-vous est devenu une quasi-institution, pour tout ce que le Net français compte de blogueurs politiques et de citoyens journalistes. Dans un café parisien, ou depuis peu en province et en Belgique, ceux qui ne débattent ordinairement que dans le virtuel, sans se voir ni vraiment se connaître, ont pris l’habitude de se retrouver aussi autour d’un verre une fois par mois dans la vraie vie.

“Ken McKenzie vient bientôt en France”, avait soufflé l’un d’eux. McKen… qui ? Kenneth McKenzie Wark, l’auteur, en 2004, de Hacker Manifesto (Un manifeste hacker pour la traduction française). Le gourou des hackers, des acteurs du logiciel et de la culture libre. Certains voient en lui “le Karl Marx du XXIe siècle”. Cette annonce ne pouvait pas laisser les blogueurs indifférents.

Direction Marseille, fin octobre 2007, où Kenneth McKenzie Wark est attendu. Il participe à une conférence : “Hackulturation, culture libre, culture hacker”, organisée par Les Rencontres place publique, une association qui réunit des intellectuels français et étrangers autour de questions politiques, sociologiques, esthétiques sur l’art. Dans une des alcôves du Centre de la Vieille Charité - lieu destiné à l’origine à abriter vagabonds et orphelins -, Kenneth McKenzie Wark est en effet présent. Vêtu de noir, les cheveux longs, une grosse mouche d’argent à l’index et le regard lointain.

Il est né en Australie il y a quarante-six ans, à Newcastle, ville côtière et ouvrière de quelque 200 000 âmes, en Nouvelle-Galles du Sud, à 160 km au nord de Sydney. “Une ville que l’on quitte sans honte et sans regret”, dit-il. Il a étudié les médias à l’université de Sydney et à la Murdoch University.

Militant du Parti communiste australien, il se souvient avoir manifesté contre la fin de l’éducation supérieure gratuite. L’événement n’est pas anodin, pour cet homme qui est devenu un des penseurs de la culture libre. Son livre de chevet est une oeuvre collective, l’encyclopédie Wikipédia, le symbole d’une information enfin libérée.

“J’ai quitté l’Australie à 30 ans, mais j’aurais dû le faire à 20 quand s’est évanoui mon rêve d’une Australie multiculturelle, progressiste, ayant définitivement tourné le dos à son histoire raciste. Quand il fut clair que la gauche avait perdu.” Il a suivi sa femme américaine à New York, où il s’est installé en 2000. Depuis 2004, il est professeur en culture et médias au Eugene-Lang College The New School for Liberal Arts à New York. C’est aux Etats-Unis, en lisant La Société du spectacle (Gallimard, 1992), de Guy Debord, que l’inspiration du manifeste lui est venue. Il considère que le théoricien, un des fondateurs de l’Internationale situationniste, est un “hacker de Karl Marx”.

Il se souvient, jeune étudiant, avoir assisté à une conférence du philosophe français Jean Baudrillard. Il est resté marqué par la très grande liberté d’esprit de celui-ci, et la “très grande liberté de ses références”. Le manifeste de McKenzie a été l’un des derniers coups de coeur du philosophe, peu avant sa mort, en mars 2007. Son manuscrit a été refusé par de nombreux éditeurs, avant d’être publié par Harvard University Press. Hacker Manifesto a été traduit en huit langues, et est sorti en France en 2006 aux éditions Criticalsecret. Le manifeste tiré à 400 exemplaires contient 389 aphorismes. “C’est un poème épique et conceptuel”, selon Aliette Guibert, son éditrice. “Un livre beau, dense, énergique, enthousiasmant”, pour le philosophe Patrice Maniglier.

Retour à Marseille. La petite salle voûtée de la Vieille Charité est clairsemée. Il y a des enseignants en informatique, des acteurs de la contre-culture et du logiciel libre, “hacktivistes” en tout genre. Public hétéroclite et turbulent, caractéristique des milieux de l’underground informatique, au croisement des univers interlopes du réseau et d’une avant-garde artistique radicale.

Autrement dit, les mondes où se sont reconnus les premiers hackers, dans le sens que McKenzie Wark donne au terme. Pas des pirates, mais des “dépeceurs, des limiers d’univers, des tâcherons de l’abstraction, à la fois les bousilleurs et les novateurs”. Ceux qui, explique-t-il, dans sa langue si particulière produisent, inventent de nouveaux concepts, de nouvelles perceptions, de nouvelles sensations “hackées” à partir de données brutes. Des sortes de Robin des bois des temps numériques.

“Quel que soit le code que nous hackons, poursuit l’auteur, qu’il soit langage de programmation, langage poétique, mathématique ou musique, courbes ou couleurs, nous sommes les extracteurs des nouveaux mondes.” Le hacker est celui qui “libère l’information des vecteurs où elle est enfermée et prise en otage”, précise le critique d’art Stephen Wright, un proche de McKenzie. Si l’Australien cite souvent des philosophes, il évoque aussi la rébellion de Courtney Love contre les maisons de disques américaines, ou bien encore l’initiative du groupe Radiohead qui a proposé à chaque acheteur de fixer lui-même le prix de son dernier album.

“L’information peut partout être libre, mais elle est partout enchaînée”, résume Kenneth McKenzie, en référence au credo de la cyberculture des années 1980. Dans l’univers de McKenzie, se côtoient Debord et Robin des Bois, Rousseau et Courtney Love, les informaticiens du Massachusetts Institute of Technology et les paysans anglais du VIIIe siècle opposés à l’enclosure, Baudrillard et Kathy Aker, romancière expérimentale américaine.

La théorie de l’auteur, qui se définit “comme un crypto-marxiste”, dessine les frontières d’une nouvelle lutte des classes, version société numérique. D’un côté, donc, les hackers, prolétaires de l’information. De l’autre, la classe dirigeante composée des propriétaires des vecteurs qui “mènent un intense combat pour déposséder les hackers de leur propriété intellectuelle”.

“Une théorie intéressante comme vision postmarxiste de l’exploitation de l’homme par l’homme”, résume Paul Mathias, professeur au collège international de philosophie. Il a dirigé le numéro de la revue Rue Descartes (PUF) qui a consacré un dossier au Manifeste Hacker. Aux Etats-Unis, Kenneth McKenzie Wark a déjà publié un autre ouvrage : Gamer Theory. Un livre libre de droit, mis en ligne, développé de manière interactive avec les internautes. Un véritable fruit de hackers.

Olivier Zilbertin

Article paru dans l’édition du 05.01.08.

Etre ou ne pas être… soi-même sur Facebook

décembre 12th, 2007 Par Yassine

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-988375@51-824668,0.html

C’est une histoire facétieuse qui pose de vraies questions sur l’utilisation et les limites d’Internet et en particulier du Web 2.0. Sur le site communautaire Facebook, un Bordelais trentenaire s’est glissé dans la peau de deux candidats à l’élection municipale de Bordeaux : Alain Juppé, l’actuel maire UMP de la ville, et Alain Rousset, président du conseil régional d’Aquitaine et challenger socialiste.

Le 11 novembre, il décide de créer leur profil sur ce réseau social à la mode. Il va chercher leurs photos sur Google, trouve un courriel bidon, ajoute quelques phrases. “Je n’ai répondu à aucune question, juste accepté les demandes de mise en contact”, affirme le faussaire, un spécialiste des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui souhaite conserver l’anonymat pour des questions juridiques et pour éviter toute pression.

“Je souhaitais juste profiter de ces têtes d’affiche pour sensibiliser les médias, les politiques et le grand public sur les risques de manipulation d’Internet. Il faut toujours rester vigilant sur l’émetteur et les informations trouvées, en particulier sur les sites communautaires”, martèle le jeune homme.

“PAS DES JOUJOUX”

Du côté d’Alain Juppé, on n’y a vu que du feu. Pendant trois semaines, 150 contacts sont arrivés sur son faux journal, dont la moitié ont laissé des messages, parfois venant de proches, “tous positifs sauf un”, selon l’agitateur. Le profil d’Alain Juppé a été fermé mardi 4 décembre, après que son cabinet a reçu la veille par courriel les codes d’accès à cette page par un certain Burd Gala, et que la presse locale, alertée par un mail signé du même pseudonyme, s’intéresse au sujet.

L’entourage du maire réfléchissait déjà “à une nouvelle étape en 2008″ dans l’utilisation des technologies de l’information pour les municipales. Il devrait y ajouter un compte Facebook, sans date précise. “Ces espaces virtuels de dialogue ne sont pas des joujoux, reconnaît Charles-Marie Boret, directeur de la communication de la Ville de Bordeaux. Ce sont des niches de communication où des centaines de personnes se retrouvent, alors qu’elles n’iront jamais à un meeting.”

L’équipe d’Alain Rousset, déjà en campagne, a, elle, vite détecté la supercherie. En trois jours, à la demande de la cellule de veille Internet du candidat, Facebook retirait son faux profil. A la place, un autre, géré par l’entourage du candidat, disposant déjà de plus de 160 “amis”.

“Facebook a un double intérêt : être là où le milieu branché nous attend, et découvrir des réseaux sociaux qu’on n’imaginait pas, estime Matthieu Rouveyre, le responsable Internet de la campagne d’Alain Rousset. Après les blogs, ça va créer une nouvelle étape dans la communication politique.”

 

Claudia Courtois

Article paru dans l’édition du 12.12.07.

Brasens V Diam’s

décembre 11th, 2007 Par Yassine

Au hasard d’une déambulation nocturne, on peut avoir de bonnes surprise (comme la fois où j’ai pédalé jusqu’à 2h du mat’), M’enfin bon… Tout ça pour dire que j’aime bien mieux Diam’s comme ça.. C’est même un plaisir d’écouter !

 


la pompe moderne the brassens

 

La fin du dollar roi

décembre 10th, 2007 Par Yassine

(source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,

Le recul du dollar va-t-il s’accélérer et échapper à tout contrôle ? L’euro, aspiré comme un ballon, va-t-il monter sans limite à 1,55 ? 1,60 ? 1,70 ? Plus ? Comme le titrait l’hebdomadaire britannique The Economist la semaine passée, ce scénario noir flanque “la panique” dans les milieux financiers. Le krach du dollar n’est pas l’hypothèse la plus probable, mais elle n’est plus regardée comme impossible.

Depuis l’abandon de sa convertibilité en or, le 15 août 1971, le dollar a perdu plus d’un tiers de sa valeur vis-à-vis de l’ensemble des autres monnaies. La chute du billet vert ne date donc pas d’hier. Elle s’est déjà accompagnée de crises, notamment à la fin des années 1980, quand le sumo japonais semblait pouvoir bousculer l’Empire américain. Mais ni la dévaluation régulière ni les crises n’étaient parvenues à remettre en cause la suprématie du dollar comme pivot du système monétaire mondial.

Au contraire. Les économies émergentes d’Asie ou les riches pays du Golfe ayant, par commodité, accroché leur monnaie au dollar (le peg en jargon), on a pu dire que le système né des accords de Bretton Woods signés en 1944, mort justement le 15 août 1971, s’était de facto reconstitué. Hors l’Europe continentale, la planète était revenue à un quasi-monopole mondial, “une quasi-zone dollar”, système que les économistes nommaient Bretton Woods 2.

C’est ce Brettons Woods 2 qui menace de voler en éclats. Le dollar fait l’objet d’une défiance d’origines multiples, immédiates et de long terme.

Le premier facteur est la faiblesse de l’économie américaine. Récession ou pas ? Martin Feldstein, ancien conseiller de Reagan, estime maintenant à 50 % les chances d’un plongeon. Larry Summers, conseiller de Clinton, croit à la récession et il prédit qu’elle sera longue, se prolongeant “au-delà de 2010″. Pour donner de l’air, la Federal Reserve est tentée d’abaisser ses taux d’intérêt, mais avec réticence, car elle craint de rallumer les risques d’inflation. On parle aux Etats-Unis du retour de la stagflation - croissance faiblarde mais inflation menaçante - hydre assez terrifiante qu’on n’avait plus vue depuis vingt ans. Toutes ces perspectives ternissent salement l’éclat du dollar.

Deuxième raison, la crise des subprimes. On la croyait jugulée, elle est réapparue depuis une quinzaine, jetant un doute sur la solidité des banques américaines (quelle sera la hauteur véritable de leurs pertes ?). Et va-t-elle s’aggraver encore au début 2008 ? Tout cela n’est pas pour rassurer les investisseurs en dollars.

Troisième élément, plus connu mais plus lourd encore, le déficit de la balance commerciale. Il s’est un peu résorbé grâce à la baisse du billet vert, qui rend les produits made in America plus compétitifs. Mais il reste de 5,5 % du PIB : il faudrait encore beaucoup dévaluer pour que les comptes s’équilibrent.

Tous les ingrédients sont réunis pour que la glissade continue. Mais un facteur supplémentaire pourrait provoquer son accélération : le décrochage de la parité fixe adoptée par les pays émergents et, plus largement, le recours à d’autres monnaies de réserve et de paiement.

La Brésilienne Gisele Bündchen, top- modèle la mieux payée au monde, n’est pas la seule à vouloir un chèque “dans toutes les monnaies sauf en dollars”, selon Forbes (la belle a démenti depuis ; elle accepte tous les chèques). Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, veut elle aussi faire régler ses centrales nucléaires chinoises en euros. Le Venezuela et l’Iran refusent les dollars pour des raisons politiques. Certains Emirats du Golfe se sont interrogés pour finalement conserver officiellement le dollar. Mais que va faire la Chine, riche de 1 400 milliards de dollars ? Les pays émergents ont accumulé 3 000 milliards de dollars de réserve, les trois quarts du stock mondial. “Ce record historique traduit leur part croissante dans l’économie et la finance mondiale”, souligne Jacques de Larosière, ancien directeur général du FMI, mais montre, surtout, que “le pouvoir financier mondial” est passé entre leurs mains. Vont-ils se défier du dollar ? “Il n’est pas dans leur intérêt de s’engager dans des politiques agressives de diversification qui pourraient précipiter la baisse de la monnaie américaine et entraîner une dépréciation de leurs actifs”, souligne Jacques de Larosière. Mais, “depuis 2005, une tendance à la diversification se manifeste”. Les acquisitions d’entreprises par les “fonds souverains” des pays émergents font partie de cette stratégie.

Nous sommes “au début de la baisse relative de la place du dollar”, résume le professeur Michel Aglietta. La seule contre-force, poursuit-il, serait que le déficit commercial se réduise vite, épuisant la dynamique première de l’affaissement du billet vert. Sinon, les détenteurs de dollars s’en déferont progressivement, en priant pour que ces ventes ne provoquent pas “la panique” sur les marchés de change.

Le dollar est détrôné, le monde monétaire multipolaire est né. Quel visage aura-t-il ? Sans doute passera-t-on par une période de changes flottants, selon Michel Aglietta. Dans ce cadre, pour que l’euro ne soit pas le seul à monter, il faudrait que l’Asie s’organise, mais l’union monétaire asiatique tarde. Il faudrait aussi, ajoute Jacques de Larosière, “que le FMI reprenne du poids et que Etats-Unis, Chine et Japon, les trois sources de déséquilibre, acceptent le jeu multilatéral”. En attendant le monde monétaire post-dollar promet d’être ni plus stable ni plus juste.

 

Eric Le Boucher

Article paru dans l’édition du 09.12.07.

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